Université

Les parcours anglophones au sein des universités françaises, quel bilan en 2018 ?

En 2013, l’ancienne ministre de l’enseignement supérieur Geneviève Fioraso proposait une loi relative à l’élargissement des cours en langues étrangères au sein des universités françaises. Cette loi avait pour but de favoriser l’attractivité des universités en proposant des cours en anglais pour attirer des étudiants étrangers venant principalement de Chine et d’Inde.

L’autre but de cette loi était de proposer aux étudiants français une meilleure ouverture sur le monde grâce aux cours en anglais.

Une loi controversée

Cette idée a été très controversée au sein de l’Assemblée. Les réfractaires à cette loi craignaient une marginalisation de la langue française au profit de l’anglais. Cette polémique avait même dépassé la sphère politique avec les prises de position des milieux universitaires, de l’Académie Française et de plusieurs syndicats appelant à la grève. Toutes ces voix s’élevaient pour dénoncer une trop forte représentation de la culture anglo-saxonne en France : allions-nous favoriser l’attractivité de notre enseignement supérieur au détriment de la langue française ?

Qu’en est-il 5 ans après cette loi ?

En septembre 2018, l’actuel ministre de l’éducation nationale, Jean-Michel Blanquer, exprimait son souhait de voir davantage de cours « de » langue et « en » langue à l’université afin d’améliorer le niveau des étudiants français.

Selon Campus France, l’agence nationale de promotion de l’enseignement supérieur français à l’étranger, le nombre de formations enseignées en anglais a nettement progressé depuis 2013. Elles sont ainsi passées de 840 en 2014 à 1328 formations aujourd’hui. Dans 80% des cas, ces formations en anglais ont lieu en Master. En 2018, 241 masters français sont entièrement enseignés en anglais.

Les formations en anglais ont donc augmenté de 58% en 5 ans. « Aujourd’hui, on n’a plus le choix, l’anglais n’est plus une langue étrangère. Les Etats-Unis, l’Angleterre ou l’Océanie attirent les étudiants du monde entier, mais il y a de nouveaux acteurs : la Chine, la Russie, les Pays-Bas. Dans ce marché, la France doit d’urgence rattraper son retard ! » indiquait Béatrice Khaiat, directrice générale de Campus France sur France Culture.

Force est de constater que les effets de cette loi sur l’enseignement supérieur français sont plutôt positifs : en 2017, la France était la quatrième destination choisie à l’international avec 325 000 étudiants étrangers accueillis par an. Parmi ces étudiants, le nombre d’Indiens étudiant en France a doublé en cinq ans grâce aux cours dispensés en anglais.

Cette internationalisation des étudiants a aussi permis aux écoles et universités françaises de remonter dans les classements internationaux.

La loi de 2013 a donc permis à l’enseignement français d’avoir un meilleur rayonnement international.

Que se passe-t-il dans les universités étrangères ?

L’internationalisation est l’un des grands thèmes qui domine les débats actuels des universités en Europe. En effet, chez nos voisins européens, ces formations 100% en anglais commencent à interroger les chercheurs et les universitaires.

Si en Italie et aux Pays-Bas, ces formations posent des problèmes pratiques avec, par exemple, le manque de place pour loger les nouveaux étudiants arrivants, certains économistes jugent même l’enseignement en anglais contre-productif. Selon eux, les formations en anglais n’attirent pas forcément les meilleurs élèves internationaux et tendent à stigmatiser les étudiants nationaux.

Ces formations semblent donc encore soulever des questions en France comme à l’étranger. Le « tout en anglais » est plus que jamais d’actualité aujourd’hui, l’Education Nationale ayant mis en place un dispositif d’écoles en anglais. De la maternelle au CM2, les écoliers suivent depuis septembre 2018 des cours de mathématiques, d’histoire et de lecture en anglais.

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